9 juin 2017

Dans notre dernier article, nous avons vu ce qu’est la neuro-plasticité et à quel point la structure de notre cerveau est malléable (flexible). Quoi que nous fassions, au quotidien, en réponse à un  stimulus extérieur, qu’il s’agisse de voir des objets avec nos yeux, d’entendre des sons avec nos oreilles, de capter des sensations avec notre peau, de respirer des senteurs avec notre nez, ou même de penser en utilisant notre mental, tout cela mobilise un groupe de neurones qui  vont s’exciter ensemble pour se lier ensemble et créer de nouveaux réseaux neuronaux. La neuro-plasticité se manifeste tout au long de notre vie, mais des recherches ont montré qu’elle est à son maximum entre l’âge de 0 à 2 ans. À sa naissance, le bébé possède des milliards de neurones qui n’attendent que de se mettre en réseaux et de créer des circuits en fonction des types de stimuli qu’ils reçoivent. Entre 2 et 25 ans, les circuits qui n’auront pas été utilisés faute de stimuli appropriés seront éliminés (perdus) ; notre personnalité se modèle donc plus ou moins en fonction les circuits neuronaux qui se sont établis dans notre cerveau. À partir de 25 ans, l’utilisation répétée de ces circuits les renforce et fait de nous ce que nous sommes. D’une certaine manière, nous pouvons dire que nous sommes ce que nous sommes non pas à cause de ce que nous avons appris, mais à cause de ce que nous désapprenons ou laissons se perdre. Il s’ensuit que tout l’art d’apprendre est fondé sur ces deux principes de la neuro-plasticité:

  1. Les neurones qui s’excitent ensemble se lient ensemble.
  2. Ne pas utiliser un circuit, c’est le perdre.

Qu’est-ce qui décide alors de ce qui devra rester ou être éliminé dans le cerveau d’un enfant au cours de sa croissance ? Les preuves actuelles nous montrent que c’est l’environnement auquel nous sommes exposé. Dans son ouvrage « Biologie des croyances », le Dr. Bruce Lipton donne une explication scientifique de la manière dont  ce ne sont pas seulement les gènes de nos cellules qui régulent leur développement et in fine le nôtre ; c’est aussi notre environnement extérieur qui va jouer un rôle essentiel. Il démontre également qu’un environnement dense est de la plus grande importance pour la santé et la vitalité de la cellule. En appliquant ce raisonnement à notre cerveau, lequel est constitué d’un ensemble de cellules, nous pouvons en toute confiance dire que le formatage de notre cerveau dépend de deux choses :

  1. L’empreinte génétique de nos parents
  2. Notre environnement extérieur

Un autre neuroscientifique, David Eagleman, s’interroge sur ce qu’est la réalité. La réalité, ce n’est pas ce que nous voyons avec nos yeux, mais ce que notre cerveau perçoit comme étant réel.  La perception concerne la manière dont une personne voit, entends, ressent, savoure ou sent le monde. Notre perception dépend aussi des intrants issus de l’environnement et des expériences que fait notre cerveau tout au long de notre vie. D. Eagleman donne à cette réalité qui nous entoure le nom de « UNWELT », mot allemand signifiant tout ce dont une personne peut faire l’expérience. Les enfants perçoivent l’environnement qui les entoure non seulement au regard de leur espace social et de leur espace physiographique (leur domaine d’activités), mais aussi en fonction de leur espace intérieur, lequel est subjectif par nature. En d’autres termes, ils ne perçoivent pas uniquement ce qui leur est extérieur mais aussi ce qu’ils ressentent intérieurement. L’apprentissage émerge au travers de toutes ces interactions que l’enfant perçoit avec lui-même, avec les autres et avec son environnement. C’est essentiellement au travers de ces interactions que les enfants perçoivent le monde, qu’elles se produisent avec leurs aînés, leurs frères et sœurs, leurs amis ou même avec leur animal domestique. Ils ont une capacité naturelle à apprendre, et tout nouvel apprentissage leur procure une grande joie. En tant qu’enseignants, parents ou éducateurs, comment nous y prenons-nous pour créer un environnement propice à l’apprentissage de l’enfant ?

Un élément clef dans la philosophie de Brighter Minds s’inspire  des théories de l’Éducation d’un éducateur japonais, le professeur Makoto Schichida. Le Dr. Schichida emploie le terme ‘éducation du cerveau droit’, pour le distinguer du terme traditionnel ‘éducation’ qui évoque l’usage d’une approche plus linéaire du cerveau gauche en vue de l’apprentissage. Quelques-uns des principes dont s’inspire sa philosophie sont les suivants :

  • La plupart des gens n’utilisent qu’une fraction de leur potentiel cérébral. Plusieurs capacités méconnues sont sous le contrôle du cerveau droit.
  • Le but de l’éducation est de mettre en évidence nos capacités innées les plus élevées.
  • L’éducation doit favoriser l’évolution de l’être humain et éveiller son mental, de manière à créer chez lui  l’« ouverture d’esprit » (faculté de passer du cerveau gauche au cerveau droit).
  • L’accent ne doit pas être mis seulement sur les résultats scolaires mais aussi sur le développement holistique de l’enfant. Cette approche peut donner d’excellents résultats tels que la création d’un mental souple et harmonieux permettant aux enfants de faire preuve d’une sensibilité bien nourrie, d’humanité, d’imagination et de créativité.

Selon Shichida, si l’Amour se manifeste par des suggestions positives, par l’attitude, la pensée et l’encouragement, il stimule et ‘ouvre’ la zone inter-cérébrale (région située entre les hémisphères gauche et droit et qui inclut le système limbique responsable du contrôle des émotions), cette zone envoyant à son tour des signaux positifs au mental pour qu’il s’ouvre et se détende. Tout cela conduit le cerveau à fonctionner de manière optimale et équilibrée.

Nous en concluons que l’Amour est l’élément clef dans la transformation de l’être humain, qu’il soit jeune ou âgé.

Alors, pourquoi nous faut-il un environnement plein d’amour pour pouvoir apprendre ? Les recherches ont montré que sans un environnement où l’émotionnel est pris en compte et où la stimulation cognitive est pratiquée, le cerveau humain ne peut pas se développer normalement. C’est ce qu’a démontré Charles Nelson, professeur en Pédiatrie, à l’hôpital des enfants de Boston, lors de la recherche qu’il a menée dans un orphelinat de Roumanie en 1999. Cette étude lui a permis de découvrir que les enfants placés dans une  institution avaient un QI (quotient intellectuel) sérieusement amoindri, et qu’ils manifestaient toute une variété de dysfonctionnements sociaux et émotionnels, ainsi que des altérations dans le développement de leur cerveau, mais aussi que plus vite l’enfant était placé dans un foyer d’accueil, mieux il pouvait se réadapter, comme on a pu l’observer chez les enfants de moins de 2 ans. Cette étude souligne le rôle essentiel que joue dans le développement du cerveau de l’enfant un environnement où il est entouré d’amour et de soins, tout particulièrement  durant ses années d’apprentissage.

Une autre étude faisant autorité fut publiée en 2012 dans la revue Pediatrics. Elle examinait les effets à long terme des traumatismes de la petite enfance et du stress toxique (discrimination, maltraitance, violences physiques, mentales et émotionnelles). Cette étude illustrait la manière dont les expériences précoces et les influences environnementales peuvent laisser une empreinte durable sur les prédispositions génétiques, affectant ainsi l’architecture émergente du cerveau et la santé de toute une vie. Ce rapport examine également les nombreuses preuves des conséquences néfastes du stress toxique, et il offre ainsi de nouveaux aperçus fascinants sur les mécanismes causals reliant les violences subies dans la petite enfance aux déficiences constatées par la suite dans l’apprentissage, le comportement et le bien-être physique et mental. Dans ce contexte, de telles conditions impliquent pour la pratique de la médecine tout un potentiel de transformations. Elles suggèrent que de nombreuses maladies affectant les adultes devraient être considérées comme des troubles du développement trouvant leur origine dans la petite enfance, et que l’on pourrait réduire les disparités persistantes, en matière de santé, associées à la pauvreté, à la discrimination ou à la maltraitance, en atténuant le stress toxique durant l’enfance.

Dans son ouvrage «  Le placebo, c’est vous. Comment donner le pouvoir à votre esprit », Dr. Joe Dispenza démontre que notre environnement (ou la réalité qui nous entoure), est aussi responsable de notre mode de pensée. ‘Gérer la plasticité de son cerveau’ est un concept bien connu des neuroscientifiques ; il signifie que nos pensées ont une influence sur nos actions qui, à leur tour, vont influencer nos habitudes ;  puis nos habitudes renforcent nos croyances, lesquelles vont finalement influer sur la manière dont nous percevons les choses. Il s’ensuit qu’un simple changement dans notre mode de pensée peut modifier nos croyances et nos perceptions et en d’autres termes notre état d’être. C’est là véritablement l’idée qui se cache derrière le pouvoir de la pensée positive et de l’effet placebo.  Un placebo fonctionne uniquement parce que l’on croit que le remède va nous guérir de nos maladies. L’auteur cite plusieurs anecdotes montrant que des personnes ont été guéries de maladies telles que le cancer, la maladie de Parkinson, l’arthrose, etc., à l’aide d’un placebo. Actuellement, la recherche met davantage l’accentue sur le fait que la pensée positive modifie l’état dans lequel nous sommes, lequel va à son tour modifier notre structure génétique et amener des changements dans notre corps.

Alors, maintenant que nous avons abondance de preuves concernant la manière dont un environnement positif et chaleureux est la solution pour favoriser un solide apprentissage et aider l’enfant à se développer, comment allons-nous procéder pour fournir un tel environnement à nos enfants ? Nous donnons ci-après quelques recommandations fondées sur quelques-unes des données émergentes et sur les philosophies d’éducateurs renommés.

Tout d’abord, il faudrait créer une atmosphère joyeuse et harmonieuse autour de l’enfant, afin qu’il ne ressentent aucune barrière à son apprentissage. L’enfant se sentira alors davantage en confiance pour aborder positivement le monde et l’humanité. Il est important de se rappeler que chaque enfant a son propre rythme pour apprendre, un rythme qui lui est naturel et correspond à son stade de développement. Depuis peu, de nombreuses écoles visent à se concentrer davantage sur un développement holistique de l’enfant plutôt qu’à insister uniquement sur de bons résultats scolaires, ce qui est une excellente nouvelle.

La prochaine étape vers un encouragement à apprendre chez l’enfant consisterait à canaliser l’intérêt des enfants pour qu’il soit axé sur la croissance. Le célèbre psychologue Harvard Gardner dit que « Nous devrions passer moins de temps à classer les enfants et consacrer plus de temps à les aider à identifier leurs compétences et leurs dons naturels et à les cultiver. Il y a de multiples manières pour réussir, et des compétences nombreuses et variées peuvent vous y amener. »

Un autre point important est qu’il faut aider les enfants à développer leur QE (quotient émotionnel), et pas seulement leur QI. La conscience de soi et l’acceptation d’un sentiment tel qu’il se présente constituent la clef de voûte du QE. Nous devons apprendre aux enfants à bien connaître leurs émotions et à les contrôler, à se motiver, et aussi à accepter les émotions des autres (l’empathie). Tout cela est très bien analysé par Daniel Goleman dans son ouvrage sur l’intelligence émotionnelle, et pourquoi elle est plus importante que le QI.

En conclusion, exposons nos enfants à un environnement propice à l’apprentissage en leur donnant l’occasion de pratiquer diverses activités au cours desquelles ils découvriront le plaisir d’apprendre en s’amusant: «Apprendre en faisant. Lire pour le plaisir. »

Auteur:

Dr. Meghna Manocha
MBBD, MD(American board of pediatrics)
Consultant pediatrician, Bangalore
Research team, Brighter Minds

References:

  1. David Eagleman: The Brain, the story of you.
  2. Dr. Bruce Lipton: Biology of Belief
  3. Makoto Schichida: Children can change through right brain education.
  4. Dr Joe Dispenza: You are the placebo, making your mind matter
  5. Daniel Goleman: Emotional Intelligence, Why it can matter more than IQ
  6. Romania’s Abandoned Children Deprivation, Brain Development, and the Struggle for Recovery, Charles A. Nelson, Nathan A. Fox, Charles H. Zeanah
  7. The Lifelong Effects of Early Childhood Adversity and Toxic Stress ,Pediatrics 2012

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