le 25 janvier 2019

« Eh bien, les enfants, vous avez 10 minutes pour faire ce contrôle.  Allez ! »

Arun fixa d’un regard paniqué le devoir de mathématiques posé devant lui. Tous ces nombres, toutes ces additions à faire en si peu de temps. Il sentait son cœur battre de plus en plus vite. Arun ignorait ce qu’il devait faire. Il avait pourtant passé des heures à préparer ce contrôle, mais pour l’instant il avait un trou de mémoire.

Comme beaucoup d’autres enfants, Arun éprouvait ce que l’on appelle « l’arithmophobie », que l’on peut considérer comme une réaction émotionnelle indésirable aux maths et qui interfère dans la capacité de l’individu à résoudre des problèmes ou à jongler avec des chiffres, non seulement durant les examens mais également dans sa vie quotidienne. Les recherches menées sur cette anxiété vis-à-vis des mathématiques ont montré qu’elle peut se développer très tôt chez l’enfant et se prolonger jusqu’à un âge avancé, ce qui amène alors les étudiants à remettre à plus tard ou à sécher les cours de maths.

Que se passe t’il dans le cerveau d’un enfant qui panique devant un devoir de Maths ?

Vous pourriez facilement en déduire que votre enfant a peur des maths tout simplement parce qu’il n’est pas bon dans cette matière. Mais cela risque d’être un peu court. La raison en est que chez les sujets atteints de cette angoisse des maths, il y a une réduction de l’activité cérébrale dans les zones du cerveau qui sont chargées d’activer la mémoire et de résoudre des problèmes mathématiques, à savoir le cortex préfrontal dorso-latéral et le sillon intra-pariétal.

Pour faire des mathématiques, il est important de faire travailler la mémoire car cela aide à se souvenir et à travailler avec plusieurs choses en même temps. Par exemple, si un professeur lit un problème à voix haute, l’enfant doit être capable de mémoriser tous les nombres, de penser à toutes les étapes nécessaires à la résolution du problème et simultanément de noter tout cela par écrit. Donc, si les enfants paniquent alors que leur mémoire est en train de travailler, l’anxiété commencera peut être à la remplir de pensées relatives à la terrible peur qu’ils ont des mathématiques. De plus, on constate chez les enfants atteints «d’arithmophobie » une activité accrue de l’amygdale, la partie du cerveau en forme d’amande qui est responsable des émotions négatives.

L’amygdale peut être considérée comme le centre de la peur, dans le cerveau. En résumé, on observe chez les individus atteints d’arithmophobie une plus grande activation cérébrale dans les zones du cerveau qui sont responsables des émotions négatives et une activation moindre dans les zones responsables de la pensée mathématique.

Comment réduire l’arithmophobie ?

De nombreuses recherches ont montré que les parents jouent un rôle essentiel dans l’attitude que leurs enfants vont développer à l’égard des mathématiques. Voici quelques moyens scientifiquement attestés qui vous permettront d’aider vos enfants à surmonter leur appréhension des mathématiques.

1. Méfiez-vous de votre propre attitude par rapport à cette matière

Selon les nouvelles recherches de l’Université de Chicago, les enfants peuvent emprunter à leurs parents ce qu’ils ressentent par rapport aux maths. Cela signifie que si  les maths vous font peur,  vous pourriez bien transmettre votre propre angoisse à votre enfant sans même le savoir. Eh oui, vous avez bien entendu. L’arithmophobie est contagieuse. En tant que parents, vous devez créer le désir d’apprendre chez votre enfant. Alors, au lieu de tourner autour de lui en disant : « Je déteste les maths » ou « Je suis nul en maths », essayez plutôt de faire de toutes vos expériences quotidiennes une belle occasion d’apprendre, pour votre enfant. Par exemple, vous pourriez lui montrer combien les maths sont utiles, lorsque vous faites les courses, cuisinez ou vérifiez la monnaie. En plus de créer une plateforme pour parler des mathématiques, le fait de les relier aux activités quotidiennes pourra aider votre enfant à comprendre qu’il s’agit là d’une compétence indispensable.

2. Encouragez les enfants à écrire ce qu’ils ressentent ou à en parler

Vous pouvez aider les enfants à surmonter leur peur en créant un environnement dans lequel ils pourront discuter ouvertement de leurs sentiments. Or, en tant qu’êtres humains, nous sommes programmés pour nous concentrer sur les aspects négatifs plutôt que sur les positifs. Cela peut s’appliquer aussi au rôle des parents. Selon Lea Waters, professeure de psychologie positive à l’Université de Melbourne, il est grand temps que nous commencions à porter notre attention sur les points forts de l’enfant plutôt que sur leurs points faibles. Cela aidera à passer d’une dynamique de la relation parent/enfant où l’enfant se dit toujours ; « Mes parents ne voient que le mauvais en moi » à celle où il se dit : « Mes parents voient tout le temps ce qu’il y a de bien en moi. Après tout, je suis donc quelqu’un de bien ». C’est là effectivement le moyen d’ouvrir une porte à des conversations constructives avec votre enfant en ce qui concerne leurs points faibles puisque l’enfant ne sera plus sur la défensive.  En plus de cela, si vous portez la plus grande partie de votre attention sur les défauts de l’enfant, vous pourrez tout au plus parvenir à éliminer ces défauts. Ce serait donc pousser l’enfant à passer du niveau le plus bas à un niveau moyen. Mais si au lieu de cela vous vous attachez à aider l’enfant à développer ses points forts, vous travaillerez avec lui à ce qu’il donne le meilleur de lui-même dans plus d’un domaine. Autrement dit, servez-vous des points forts des enfants pour éliminer leurs faiblesses. Cela leur donnera confiance en leurs propres capacités.

Vous pourriez même les encourager à noter ce qu’ils pensent et ressentent avant un contrôle pour qu’ils se sentent moins nerveux. Cela s’appelle l’expression écrite. Les chercheurs scientifiques ont démontré que les étudiants auxquels on demandait d’exprimer par écrit les angoisses qu’ils ressentaient vis-à-vis des maths réussissaient beaucoup mieux leur contrôle de mathématiques que les autres élèves de la classe à qui l’on n’avait rien demandé. C’est parce que le fait de jeter leurs angoisses sur le papier les avait aidé à libérer les ressources cognitives qui étaient obscurcies par tout un tas de pensées énervantes.

3. Le pouvoir du renforcement positif

L’angoisse des maths a souvent pour origine une expérience embarrassante ou négative avec les maths vécue par l’enfant les années précédentes. Une expérience de ce type peut avoir un impact durable chez l’enfant et l’amener à croire qu’il n’est pas doué pour les maths. Cette croyance peut l’amener également à obtenir les mauvais résultats qui prouveront à l’enfant que son cerveau n’est tout simplement pas fait pour les maths, contrairement à celui de ses camarades.

La prochaine fois que vous vous assiérez pour examiner avec votre enfant le travail qu’il fait en classe ou pour faire du calcul, soulignez tout ce qu’il a fait correctement. L’idée est de faire en sorte que votre enfant puisse ressentir qu’il peut être excellent en mathématiques. Plus encore, il est important que vous le félicitiez et le récompensiez pour avoir réfléchi de manière à résoudre le problème plutôt que de chercher à savoir si le résultat était juste ou non. Donnez à l’enfant le temps et l’espace nécessaires pour qu’il procède vraiment comme cela. Cela l’aidera non seulement à sortir de sa coquille mais aussi à se construire une plus grande confiance dans ce domaine.

4. Faites des maths un divertissement

Traditionnellement, la manière dont on enseigne les maths implique qu’il faut trouver la bonne réponse pour pouvoir continuer. Cela crée beaucoup d’anxiété chez l’enfant car on ne lui donne pas suffisamment d’espace pour raisonner. Faire des jeux peut aider à alléger cette anxiété et cela peut aussi aider les enfants  à se passionner pour le sujet.  Qui n’a pas joué à la chasse au trésor ? Soyez créatif. Donner des indices qui obligent les enfants à utiliser leurs compétences en maths. Vous pouvez aussi avoir chez vous plein de jeux de construction, de puzzles, et autres jeux éducatifs tels que Cloudhoppers, L’insomnie d’Albert  ou Monster Sock Factory que l’on peut se procurer par internet. Hormis le fait que c’est une manière de faire des maths en s’amusant, ces jeux donnent à l’enfant la liberté d’explorer et d’expérimenter de nouvelles stratégies sans avoir à se soucier de marquer plus ou moins de points ou de se sentir mal à l’aise devant de toute la classe. Finalement, le but du jeu n’est pas de trouver la bonne réponse mais d’acquérir des compétences solides et fondamentales sur le sujet.

5. Enseignez à votre enfant les techniques pour réduire et gérer le  stress 

Le stress est une survivance du mécanisme qui nous permet de sortir rapidement d’une situation dangereuse. Le corps puise dans toutes ses ressources pour nous faire bouger. Notre cœur bat de plus en plus vite pour augmenter notre tension artérielle, nos muscles se tendent et nous sommes totalement concentré.

Cela s’appelle la réaction ‘fuir-ou-se battre’. Mais le problème, c’est que cet état d’urgence est supposé durer suffisamment longtemps pour que nous échappions au danger. Or, au 21ème siècle, nous sommes constamment enlisés dans différentes choses et pour bien plus de temps. Cela signifie que notre cerveau et notre corps est continuellement en état d’alerte rouge, ce qui fait que les niveaux de stress dans les hormones telles que le cortisol sont chroniquement et à tout moment très élevés. Cela peut avoir pour notre corps des effets négatifs sur le système neuroendocrinien, le système immunitaire, le système cardiovasculaire et le système nerveux central. Au fil du temps, cela pourra donner lieu à de graves problèmes physiques et mentaux tels que l’anxiété et la dépression. Mais ne vous inquiétez pas, car nous avons quelques nouvelles encourageantes. Le fondateur de l’Institut pour la médecine corps-esprit de Harvard, le Dr. Herbert Benson, a consacré la plus grande partie de sa carrière à essayer de comprendre comment on pourrait enrayer les effets du stress. Dans son livre ‘Réagir par la détente’, il explique comment la pratique régulière de techniques de relaxation telles que la prière répétitive, la méditation, le Tai Chi, le yoga, les exercices respiratoires et la concentration sur des paroles apaisantes peut tenir lieu de traitement efficace pour les troubles liés au stress. Il décrit la réaction au stress par la détente comme un état de profonde relaxation qui mobilise l’autre partie de notre système nerveux – le système nerveux parasympathique. Selon lui, la réaction par la détente est un moyen très utile pour enrayer les effets nocifs du stress. Plusieurs études ont montré comment les techniques de relaxation peuvent amener la zone du cerveau qui réagit au stress, l’amygdale, à se calmer en cas de stress et lui faire retrouver son état originel.

6. Aider les enfants à développer un état d’esprit axé sur la croissance

Les enfants se sentent habituellement découragés s’ils ont fait une faute dans leur devoir de maths. Mais de récentes recherches prouvent qu’en fait les erreurs nous sont utiles car chaque fois que notre cerveau est confronté à un défi, cela le fait littéralement évoluer bien davantage que si nous ne nous trompons jamais. C’est parce qu’au moment où notre cerveau doit relever un défi, de nouvelles connexions se créent entre les cellules cérébrales. En tant que parents, nous devons enseigner à nos enfants que plus leur cerveau aura de défis à relever, plus il se développera. L’un des meilleurs moyens de le faire est de parler librement de toutes les erreurs que nous avons pu faire, des défis auxquels nous avons été confrontés et de tous les enseignements que nous en avons tirés. Parler positivement de ces erreurs apprendra à vos enfants que, en grande partie, le processus d’apprentissage consiste effectivement à  prendre des risques et à faire des erreurs. C’est ce qui les aidera à développer un état d’esprit axé sur la croissance. De nos jours, les enfants qui ont cet état d’esprit croient pouvoir améliorer leurs capacités en travaillant beaucoup. Ces enfants-là ont tendance à obtenir de meilleurs résultats que ceux dont l’état d’esprit est que, en dépit de tous leurs efforts, leurs capacités ne changeront pas.

References

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